Aujourd’hui, le 1er octobre : jour de fête nationale et premier jour de la Golden Week. On s’est levés à 9h, petit-déjeuner au même petit resto que la veille (on a adopté le niurou tang, décidément), un café, et on a filé en taxi vers la Songshan — 1h30 de route. Premier jour de Golden Week oblige, l’accès à la zone est un peu compliqué : il faut prendre des bus depuis le gigantesque parking du tourist center pour rejoindre le temple. Notre chauffeur a été très consciencieux pour nous déposer au bon endroit — c’est un vrai réflexe ici. Et on a eu de la chance : un Chinois qui parle anglais s’est avancé vers nous pour nous expliquer comment réserver nos billets de bus via un QR Code. Ça fait plaisir d’arriver à communiquer un peu !

La statue de moine de l'entrée et les panneaux de la carte du parc 少林景区全域旅游图, enfants et panneaux d'information sous un toit traditionnel
L’entrée de la zone, avec sa carte du parcours.
Direction le temple de Shaolin, au pied de la montagne. C’est LE temple fondateur de tout : berceau du bouddhisme zen et des moines guerriers, « premier temple sous le ciel », avec une histoire qui remonte au début du Ve siècle. Le site est vaste mais on ne s’attarde pas — c’est très rapide à visiter, et il y a la foule de la Golden Week partout 😅. Mais honnêtement, ce n’est pas pire que lors de notre visite de l’armée de terre cuite.

‹ glisse pour voir plus ›
La grande porte du temple de Shaolin, plaque 少林寺, foule de touristes sur les marches, drapeaux chinois de part et d'autre
La grande porte du temple — 少林寺.
Grande statue de bronze d'un moine de Shaolin, mains levées en salut, sur son socle de roche rouge orné de bas-reliefs de kung-fu, parc et conifères, ciel couvert
La statue du moine, qui vous salue à l’entrée.
Le complexe du temple au pied de la montagne, pavillon à toits verts et colonnes rouges, foule dans la cour, ciel gris
Le grand hall du Bouddha 大雄宝殿, murs rouges et toits verts, touristes sur les escaliers, cyprès de chaque côté
Le grand hall du Bouddha (大雄宝殿).
Le pavillon de la cloche 钟楼, toits verts superposés, colonnes rouges, stèle gravée sur le mur, groupe de touristes à l'entrée
Le pavillon de la cloche (钟楼).
Vue plongeante sur le pavillon de la cloche 钟楼, toits de tuiles vertes, encorbellements peints, ciel bleu et branches d'arbres
Statue peinte d'un gardien féroce au casque doré, armure, épée et dragon enlacé au bras, un pied sur un démon, devant les colonnes rouges du temple
Les gardiens qui veillent à l’entrée du temple.
Statue d'un gardien au torse musclé, robe pêche et rouge à liseré doré, sangle verte, devant les encorbellements bleus et dorés du hall
Un deuxième gardien, faut pas l’embêter…

Nous avons failli passer à côté des stèles. Il y en a des dizaines dans les cours, et certaines ne sont pas anodines — érigées par ordre de l’empereur Taizong (« 御制 »), avec sa calligraphie en personne (« 御書 »), datées de l’ère Qianlong… et même une qui proclame la culture de Shaolin au patrimoine de l’humanité, signée d’un président de l’époque. Les empereurs venaient ici, visiblement.

‹ glisse pour voir plus ›
Pavillon de stèles aux toits de tuiles vertes, stèles inscrites au pied, foule de touristes sur l'esplanade
Le pavillon de stèles — l’une est « 御制 » par l’empereur Taizong.
Niche en pierre abritant une grande stèle noire inscrite 太宗皇帝御書, visiteurs qui lisent l'inscription, cyprès en avant-plan
« 御書 » : la calligraphie de Taizong en personne.
Pavillon de stèle à toit recourbé, stèle noire gravée de colonnes de calligraphie, base sculptée de dragons, halls à murs rouges autour
Une stèle de l’ère Qianlong, dragons compris.
Stèle gravée 少林文化人類遺… signée 江澤民, hall du temple à toits verts et balustrade en arrière-plan, touristes qui flânent
« La culture de Shaolin, patrimoine de l’humanité » — et une signature présidentielle.
Stèle entre deux piliers, fronton aux dragons enroulés et calligraphie en sceau, portrait gravé d'un homme barbu en robe d'apparat et bonnet officiel
Une stèle-portrait, entre deux piliers.
Gros plan sur une tête de dragon gravée dans la pierre, écailles finement incisées, motifs de nuages, ciel gris et cyprès en arrière-plan
Un dragon gravé, de près.

On a enchaîné les salles : autels, couplets, encensoirs pleins d’encens. Les fidèles y allaient de leur bâtonnet, l’air tranquille.

‹ glisse pour voir plus ›
Pavillon à toits superposés vu de son couloir voûté, colonnes de pierre, stèle noire et piliers dans la cour, cyprès et ciel bleu
Grand encensoir en bronze à toits et pieds de lions au centre de la cour, couplet rouge, visiteurs dont un enfant, sol à médaillons floraux
Le grand encensoir en bronze, au cœur de la cour.
Autel intérieur en bois rouge sculpté, statuette assise et deux moines de chaque côté, offrandes de fleurs et nourriture, tapis de prosternation violet
Un autel plus intime, avec ses offrandes.
Façade du hall au fronton 西方聖人, grandes grille de fenêtres, encensoir en bronze rempli de cendres et de bâtonnets, foule devant les portes
Le hall du 西方聖人 (« Sage de l’Ouest »). A l’intérieur, l’autel en toute intimité 😂
Encensoir en pierre plein de bâtonnets dressés, brûloir métallique qui fume derrière, foule de fidèles et touristes sous le fronton bleu 西方聖人
Façade de bois gris du 西寮房, portes à loquet de laiton, colonnes rondes sur socles sculptés, marches de pierre et murs en brique
La 西寮房, l’aile ouest du complexe.
Porte en double battants sous une arche de brique, couplets noirs et dorés de part et d'autre, marches et rebord sculpté de nuages, branches de cèdre en surplomb
Une porte que je trouvais jolie , sous les cèdres.
Sol en pavés de pierre grise usés et poussiéreux, mur en brique tachée, colonne rouge sur socle, socle sculpté à droite
Le sol en pavés, usé par les siècles, mais surtout usé par les exercices des moines Shaolin avec leur bâton.

Petit point historique : Le temple Shaolin est à l’origine un véritable monastère bouddhiste, et il est devenu au fil des siècles un lieu majeur de transmission et d’enseignement du kung-fu.

Pour comprendre comment le temple de Shaolin est devenu célèbre pour le kung-fu, il faut bien distinguer deux histoires qui se sont progressivement mélangées : celle du bouddhisme et celle des arts martiaux.

Au départ, le temple de Shaolin n’a absolument pas été créé pour enseigner le kung-fu. C’était avant tout un lieu religieux destiné à accueillir des moines bouddhistes.

1. En 495 : la naissance du temple, un lieu de prière

À cette époque, un moine indien appelé Batuo voyage jusqu’en Chine pour transmettre les enseignements du bouddhisme.

L’empereur Xiaowen, qui règne alors, souhaite favoriser le développement du bouddhisme et fait construire un monastère dans les montagnes du Songshan pour accueillir ce moine.

C’est la naissance du temple de Shaolin.

A ce stade :

– Les moines vivent dans le temple.

– Ils étudient les textes bouddhistes.

– Ils prient et méditent.

– Ils consacrent leur vie à la spiritualité.

– Il n’est pas encore question de kung-fu.

2. Au VIe siècle : l’arrivée de Bodhidharma, le personnage qui change l’histoire

Quelques décennies plus tard arrive un autre moine indien : Bodhidharma, appelé Damo en chinois.

Il est considéré comme une figure fondatrice du bouddhisme Chan, qui donnera naissance au zen au Japon.

Mais pourquoi est-il associé au kung-fu ?

Selon la tradition, Bodhidharma aurait constaté que les moines passaient énormément de temps à méditer et étaient physiquement affaiblis.

Il leur aurait alors enseigné des exercices physiques et respiratoires pour renforcer leur corps et leur permettre de mieux supporter les longues heures de méditation.

C’est là que commence à se construire le lien entre Shaolin et les pratiques physiques.

Attention toutefois : cette histoire est en partie légendaire. Les historiens ne disposent pas de preuves solides permettant d’affirmer que Bodhidharma a inventé le kung-fu Shaolin.

3. À partir du VIIe siècle : les moines commencent aussi à combattre

Il faut comprendre que les moines ne vivaient pas complètement coupés du monde.

Le temple se trouvait dans une région où il pouvait y avoir des brigands, des conflits et des guerres.

Les moines avaient donc parfois besoin de protéger :

Leur monastère.

Leurs biens et leurs terres.

Leur communauté.

On trouve notamment des traces historiques de leur participation à des combats au début du VIIe siècle, notamment en 621, lors d’un conflit qui a contribué à l’arrivée au pouvoir de la dynastie Tang.

Petit à petit, certaines pratiques martiales sont donc devenues utiles à la vie du monastère.

Les moines ont notamment développé et perfectionné des techniques de combat avec le bâton, une arme qui est devenue emblématique de Shaolin.

4. Entre 1368 et 1644 : Shaolin devient une référence des arts martiaux

C’est surtout sous la dynastie Ming que la réputation martiale du temple prend véritablement de l’ampleur.

Pourquoi ?

Les moines développent des techniques de combat de plus en plus élaborées.

Leur maîtrise du bâton devient particulièrement réputée.

Des militaires et des spécialistes des arts martiaux viennent étudier leurs techniques.

Des ouvrages commencent à décrire et à diffuser leurs méthodes de combat.

Au XVIe siècle, leur réputation est suffisamment importante pour que des experts militaires se déplacent jusqu’au temple afin d’observer leurs techniques.

C’est à cette période que le kung-fu Shaolin devient une véritable tradition martiale reconnue en Chine.

5. Et aujourd’hui : pourquoi trouve-t-on autant d’écoles de kung-fu autour du temple ?

Avec les siècles, Shaolin est devenu bien plus qu’un monastère : c’est aussi un symbole culturel et martial de la Chine.

Aujourd’hui, la région de Dengfeng accueille de nombreuses écoles qui enseignent le kung-fu Shaolin à des élèves chinois et étrangers.

Il faut toutefois distinguer :

> Le temple historique : un monastère bouddhiste où vivent et pratiquent des moines. C’est aussi un site patrimonial ouvert aux visiteurs.

> Les écoles de kung-fu autour du temple à Dengfeng: elles accueillent des milliers d’élèves chinois et étrangers qui viennent apprendre les arts martiaux. Certaines sont de véritables établissements d’enseignement avec internat et entraînements quotidiens, parfois pendant plusieurs années.

Le temple que l’on a visité est donc bien le berceau historique du kung-fu Shaolin, mais les grandes écoles modernes que l’on imagine lorsqu’on parle d’apprendre le kung-fu se trouvent principalement autour du monastère.

Et c’est assez intéressant quand on y repense : le kung-fu Shaolin n’est pas simplement une technique de combat. Historiquement, il est associé à une philosophie bouddhiste qui cherche aussi à travailler la discipline, la maîtrise de soi, la concentration et le corps.

Voilà pour la « petite » explication. Revenons à nos moutons.

À l’ouest du temple Shaolin, un peu plus loin en marchant, on retrouve la 塔林, la « forêt de stupa ». C’est le cimetière des moines de Shaolin : environ 250 stupa en brique, des dynasties Tang à Qing mais aussi des temps modernes, éparpillés sur 21 000 m² de verdure. Un cimetière/musée à ciel ouvert.

‹ glisse pour voir plus ›
Stupa de brique à toits superposés et stupa à dôme oignon dans une clairière d'herbe, conifères, ciel couvert, stèles en arrière-plan
La 塔林, de près.
Haute pagode octogonale à toits superposés entourée d'un mur de brique, stèle devant, dizaines de stupa plus petits sur la pelouse, cypres et collines boisées au loin
La pagode principale de la forêt.

Avant de repartir, on a grignoté quelques wontons installés devant un petit spectacle : des jeunes faisaient une démonstration de kung-fu.

Direction ensuite le Kung Fu Theatre de Dengfeng, en taxi. On avait un peu d’avance sur le show, alors on s’est posé dans un café pas loin. Et là encore, nous avons eu un problème pour payer. Il arrive que les applis de paiement ne fonctionnent pas dans certains commerces, on ne comprend pas pourquoi et on n’a pas de cash sur nous… Les tenanciers du café ont insisté pour nous offrir les boissons. C’était gênant… les chinois en règle générale sont extrêmement bienveillants. Un soir Tristan a voulu prendre une glace sauf qu’il n’y avait plus de parfum qu’il voulait, car le jeune chinois qui était devant lui avait pris ce qu’il restait. Il lui a proposé de lui donner sa glace. Tristan a refusé bien sûr. Le jeune nous a dit « Welcome to China » en guise d’au revoir.

‹ glisse pour voir plus ›
Café industriel vu de la rue, plafond béton et néons, drapeau national au mur, comptoir blocs de béton, sacs de café vintage ETHIOPIA et BRASIL, tabourets roses et jaunes
Le café en question
Intérieur du café, murs et plafond béton, néons en rangées, tables et chaises pliantes, plantes, poster 贵人来 酒开 et logo 洋河股份 au mur
L’intérieur, style usine désaffectée.

En attendant l’heure de début du spectacle, on s’est gelé un peu à l’extérieur 🤧, puis on est rentrés dans le théâtre, et on a encore attendu environ 10 minutes à l’intérieur. En fait, il y avait quelques canapés dans le hall du théâtre et on aurait pu attendre au chaud 😂.

Le show s’appelle « 功夫天下 » (Kung Fu World). Et honnêtement, on ne s’attendait pas à autant : superbe mise en scène, des acrobates en équilibre sur des piliers, des moines au bâton, des décors de montagne qui défilent. C’était du très beau boulot. Chapeau bas aux artistes /athlètes. Certains étaient d’ailleurs très très jeunes et très impressionnants. Je trouve ça toujours très émouvant ces petits jeunes qui se donnent à fond dans leur art !

‹ glisse pour voir plus ›
Façade du Kung Fu Theatre en treillis rouge, écran LED géant montrant un martial-artist en robe bleue, affiches 功夫天下, drapeaux et guichet de billetterie, place vide sous un ciel bleu nuageux
Le Kung Fu Theatre de Dengfeng.
Dans le théâtre, un seau de popcorn 不二少年 et deux billets du show 功夫天下 dans les mains, écran de scène et fauteuils rouges 2排 4号 derrière
Popcorn en main, places à l’avant.
Trois acrobates en costumes clairs équilibrés sur des piliers de bois cylindriques, bras levés, scène noire et bord sculpté, fauteuils d'audience en silhouette au premier plan
Moine au gilet gris et bâton en posture de combat, troupe de moines en robe bleue clair derrière, décor peint de montagne enneigée, pin givré et pagode au loin

Pour le retour, on avait réservé notre taxi à l’avance — 1h30 dans l’autre sens. La circulation dans le centre de Luoyang était vraiment difficile, on a donc demandé au chauffeur de nous déposer un peu avant l’hôtel. Sortie du taxi = direct dans un restaurant. À 22h, beaucoup de choses sont encore ouvertes. C’est peut-être parce que c’est le début de la Golden week. Ensuite, on a encore un peu erré dans les rues, pris des trucs à grignoter, des fruits… ici comme c’est quand même un peu moins touristique, on a trouvé que c’était beaucoup plus authentique. On a vu pas mal de commerçants devant leur boutique à fabriquer et créer des objets devant les clients. Rentrés vers presque minuit.

‹ glisse pour voir plus ›
Porte triomphale traditionnelle illuminée d'orange la nuit, fronton 城隍集, stèle 河南府, rue pavée bordée de lanternes lumineuses et de boutiques au fond
Rue de stands de rue illuminée la nuit, rangées de lanternes jaunes et rouges, enseignes 不翻汤, brochettes de viande, jus de grenade et de canne, tables dehors sur la place pavée
Rue commerçante de la vieille ville de Luoyang (南大街), trois femmes en hanfu rouge et rose, enseignes de hot pot et de produits locaux, scooter et bâtiments en brique
La 南大街, ses stands et ses hanfu (c’était le matin -l’ordre des photos est mauvaise)
Deux jeunes femmes en hanfu et chapeaux de paille sous les lanternes rouges de 洛邑古城, enseignes 仙踪 et 全场2元, rue pavée et scooters stationnés
La 洛邑古城 — les hanfu sont déjà de sortie (c’était le matin -l’ordre des photos est mauvaise)
Rue commerçante de la vieille ville, bâtiments en brique de deux étages, enseignes 绿野仙踪, 重庆老火锅, 张亮麻辣烫, panneaux 全场2元 et 19.8元, quelques scooters, ciel couvert
Une rue commerçante un peu calme.(c’était le matin -l’ordre des photos est mauvaise)
Tristan en hoodie marron et sac à dos devant la vitrine d'un Luckin Coffee, enseigne grise luckin coffee 瑞幸咖啡, logo cerf rond bleu, auvent baissé
Tristan devant un Luckin, en début de journée.

Journée dense, Golden Week en pleine intensité — et un spectacle qui a vraiment payé le coup de s’être gelés dehors.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *